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Vous trouverez ici mes critiques sur les derniers films que j'ai vu, sur les livres que j'ai lu, des choses en rapport avec Harry Potter, les vampires et les histoires avec des gens qui se courent après pour se taper dessus à coup d'épée. La tortue se meut.

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"Ta femme, non pas aimée, mais bien-aimée, - en ce jour tu l'auras morte devant les yeux."

alceste
Aujourd'hui, nous allons parler de théâtre et plus exactement de l'Alceste d'Euripide traduit par Louis Méridier, car j'ai un faible pour le théâtre grec et plus j'avais un point à vérifier dedans pour mon mémoire. C'est une pièce qui m'avait marquée pour la beauté de certains vers que j'avais eu un jour à traduire en version(je pense, Neph, que ceci te dit quelque chose, non ?) :

"Ah ! si la voix mélodieuse d'Orphée m'était donnée pour enchanter de mes accents la fille de Déméter ou son époux, et l'enlever à l'Hadès, j'y descendrais ; ni le chien de Pluton, ni le rameur Charon, conducteur des âmes, ne m'arrêteraient avant d'avoir au jour ramené ta vie."

L'histoire, la voici : Admète est destiné à mourir prématurément mais Apollon est parvenu à obtenir pour lui d'échapper à ce destin s'il trouve quelqu'un qui accepterait de mourir à sa place. Admète essaye donc de trouver quelqu'un pour se sacrifier à sa place, tout le monde refuse, y compris ses parents fort âgés, la seule exception est sa femme Alceste qui accepte de se sacrifier pour lui, par amour et pour ses enfants car Admète sera plus à même de veiller sur eux et d'assurer leur avenir qu'elle.
 La pièce se déroule le jour où Alceste doit mourir.
La première partie de la pièce montre l'attente de l'événement  fatal, avec le choeur à l'extérieur du Palais qui se demande si elle a déjà rendu ou non son dernier soupir.
Dans la deuxième partie, Alceste vient de mourir, Admète est accablé par le deuil et c'est à ce moment que survient Héraclès, qui est en train d'accomplir ses douze travaux et vient demander l'hospitalité d'Admète. Admète lui fait croire que la maison est en train de porter le deuil d'une étrangère pour qu'Héraclès n'aille pas chercher l'hospitalité ailleurs, car en dépit de son malheur, Admète tient à respecter les règles de l'hospitalité. Du coup, Héraclès festoie joyeusement dans l'aile des domestiques pendant que le reste de la maison est accablé par le deuil de sa maîtresse. A la fin de son festin,  Héraclès se rend compte que quelque chose cloche et la servante finit par lui expliquer la situation. Héraclès décide alors de ramener Alceste du royaume d'Hadès afin de remercier son hôte de son respect pour les lois de l'hospitalité et c'est ainsi qu'Alceste et Admète furent à nouveau  réuni.

alceste-2.jpg

J'aime beaucoup toute l'attente qui empreigne le début, ça me rappelle un peu l'ambiance des pièces d'Eschyle, mais on sent énormément l'influence de la formation oratoire qu'a reçu Euripide, parce qu'il y a des passages qui sont nettement marqués par des échanges d'argument,  celui qui m'a marqué étant l'échange entre Admète et son père, qu'il renie parce que celui-ci a refusé de se sacrifier pour lui, alors que du point de vue d'Admète, son père aurait dû le faire, parce qu'il est déjà au terme de la vie, mais son père lui, essaie de lui démontrer qu'il n'a aucun droit de lui demander de sacrifier sa vie pour lui, car sa vie n'a pas moins de valeur que la sienne et il a tout autant le droit que lui, de vivre. J'aime beaucoup cette question : est-ce le père ou le fils qui a raison ? Je suspecte Admète d'avoir espéré jusqu'au bout que ses parents changeraient d'avis et prendraient la place d'Alceste.

Phérès : "En quoi donc t'ai-je fait tord ? De quoi te dépouillé-je ? Ne meurs pas plus pour ma personne que je ne fais pour la tienne. Tu as plaisir à voir le jour : et ton père, crois-tu qu'il en ait de la peine ? Ma foi, oui, je me dis qu'il est long, le temps à passer sous la terre, et que si la vie est courte, elle a pourtant sa douceur."


Cet échange introduit aussi la question de la lâcheté d'Admète, car sont-ce réellement ses parents qui sont lâches parce qu'ils n'ont pas offert de mourir pour lui permettre de vieillir aux côtés de sa femme ou Admète qui a accepté que quelqu'un meurt à sa place ? C'est une question que je me suis d'ailleurs posée en lisant la pièce : pourquoi la vie d'Admète mérite plus d'être prolongée ? Il n'y a aucun motif politique à cela, Alceste se sacrifie de façon désintéressée et c'est ce qui fait d'elle un modèle de la vertu féminine puisque c'est l'épouse dévouée au point de mourir pour préserver la vie de son époux et qui meurt très dignement, elle prend d'ailleurs la chose beaucoup mieux qu'Admète. Cette mort exemplaire fait qu'Alceste est mentionnée dans le Banquet de Platon, à l'occasion du discours de Phèdre, face à Orphée, comme l'exemple du noble sacrifice tandis qu'Orphée échoue parce que c'est un lâche qui n'a pas le courage de se tuer pour rejoindre la femme qu'il aime.
Un autre passage que j'ai trouvé intéressant c'est la discussion entre Apollon et la Mort(traduit Trépas dans mon texte mais je préfère la mort, certaines d'entre vous doivent se douter du pourquoi) au début de la pièce, qui s'inscrit dans les querelles entre dieux quant à leur prérogatives avec les Anciens dieux qui cherchent à maintenir les leurs face aux nouveaux. J'aime le côté juste de la Mort, parce que dans cette affaire, c'est Apollon qui a brisé les règles en essayant à empêcher la mort d'Admète :

Apollon. - Ne se peut-il qu'Alceste arrive à la vieillesse ?
Le Trépas. - Non. J'aime les honneurs, moi aussi, crois-le bien.
Apollon. - Tu ne prendras pourtant rien de plus qu'une vie.
Le Trépas. - La mort des jeunes me vaut une part plus belle.
Apollon. - Mourant vieille, elle aura de riches funérailles.
Le Trépas. - Ce sont les possédants que ta loi favorise.
Apollon. - Qu'est-ce à dire ? Aurais-tu de l'esprit, sans qu'on sache ?
Le Trépas. - Ceux qui peuvent achèteraient de mourir vieux.
Apollon. - Ainsi, tu ne veux pas m'accorder cette grâce ?
Le Trépas. - Non certes ; tu connais d'ailleurs mon caractère.
Apollon. - Oui : haï des mortels et en horreur aux dieux !
Le Trépas. - Tu ne saurais avoir toujours plus que ton dû.

C'est une pièce que j'aime beaucoup pour la manière dont elle dépeint le chagrin des personnges et pour les réflexions qu'elle suscite.

Il s'agit là de ma lecture pour la lettre E du challenge ABC.


challenge-Abc-2010.jpg
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P
<br /> <br /> J'ai justement recherché une adaptation de l'Alceste d'Euripide. Cette envie m'est venue après avoir vu un film de Laetitia Carton intitulé LA PIEUVRE  et je me suis dit que pour honorer<br /> cette recherche pour devenir un individu, une PERSONNE, je voulais lire le texte d'Euripide .<br /> <br /> <br /> seulement quand je l'ai reçu, envoyé par un ami, à moi qui habite maintenant au coeur de la Creuse, j'ai voulu retrouver LA version qui m'avait marquée : un film en noir et blanc, et j'ai pensé<br /> que l'acteur était laurent Trezieff, il y a une trentaine d'années. Seulement quand j'ai tapé Laurent Terzieff, j'ai vu qu'il venait de mourir.<br /> <br /> <br /> Où se procurer,votre traduction ?<br /> <br /> <br /> Où la voir jouer . Merci de me le dire . Ce thème me passionne car je crois qu'il résume toutes les plus profondes questions de l'être humain, ô si fragile.<br /> <br /> <br /> Vivre  ?<br /> <br /> <br /> Mourir ? Quel sens à tout cela ?<br /> <br /> <br /> Une femme de 63 ans se pose toujours cette question, et vivre dasns un village où je vois la tragédie grecque s'incarner me fait beaucoup de bien.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
T
<br /> <br /> Alors, pour ce qui est des adaptations, je n'en connais aucune, le théâtre grec étant assez peu joué. Le plus simple est de regarder sur amazon, pour voir ce qui est disponible sur le sujet ou de<br /> surveiller les programmes des théâtres d'île de France.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pour l'édition, il s'agit en principe de celle de Louis Méridier, publiée aux belles lettres. Par contre, comme le théâtre grec n'est pas dans mon domaine de recherche, je serais incapable de<br /> donner le titre d'une analyse sur le sujet, en dehors de l'ouvrage La Tragédie grecque de Jacqueline de Romilly, qui s'intéresse à Eschyle, Sophocle et Euripide.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Ahah, je suis perturbée par ma lecture actuelle : en lisant ton deuxième extrait, j'ai imaginé que le Trépas répondait en majuscules et en ponctuant ses phrases de "HO. HO. HO." ; d'ailleurs ça a<br /> tout de suite un côté plus festif.<br /> Je suis d'accord avec toi sur ce qu'il y a de dérangeant dans le comportement d'Alceste, dont la vie ne vaut pas plus que celle de son pauvre père qui n'a rien demandé à personne, ni Alceste non<br /> plus. Ah, quelle femme admirable... A sa place, j'aurais commencé mon retour sur Terre sur l'épaule d'Héraclès en alpagant Admète comme une poissonière. Mais je ne suis pas un modèle de vertu.<br /> Quant au grec, je ne vois que trop bien ce dont tu parles.<br /> <br /> <br />
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T
<br /> J'ai beaucoup ri en lisant le début de ton commentaire, c'est vrai que le Trépas a certaine similitude avec lui, parce que j'imagine bien La MORT dire lui aussi que le système favorise les riches,<br /> comme quoi le principe de reconversion est vrai, il était le trépas grec et maintenant il est devenu la mort du Disque. Mais là, le Trépas se rapproche plus de la Mort des premiers tomes.<br /> Je trouve pertinent le fait qu'il pense que son vieux père aurait dû se sacrifier, car c'est vrai que par sa mort, il permettrait à Admète de vivre pendant plusieurs décennie, ce serait un beau<br /> sacrifice.<br /> Le point que tu oublies, c'est qu'Alceste le fait aussi pour ses enfants, je te rappelle qu'une femme en Grèce n'a pas son mot dire sur le sujet du mariage, donc à partir du moment où Admète meurt<br /> elle se retrouvait veuve donc à nouveau sous la tutelle d'un mâle de sa famille libre de la marier au plus offrant et donc elle, elle n'a pas les moyens d'être sûr que ses enfants seront bien<br /> traité après la mort de leur père. Elle meurt à la condition qu'Admète ne se remarie pas, pour que ses enfants n'aient pas à souffrir de la jalousie d'une belle-mère. Sinon, Euripide a tout prévu<br /> pour la question de la fureur de sortie d'Enfer : Alceste ne peut pas parler pendant trois jours, car elle doit subir une purification à cause de son séjour chez les morts pour récupérer la<br /> parole.<br /> J'aimais vraiment cette version.<br /> <br /> <br />