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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 02:49
Je viens enfin de mettre le doigt sur la raison de mon goût pour Austen, ce petit quelque chose que m'avait apporté Pride & Prejudice et que je ne parvenais à définir. En effet, j'apprécie Terry Pratchett, les Héraults de Valdemar, Robin Hobb mais les sensations procurées par ces livres sont différentes et ne comblent pas un manque qui est comblé par les romans de jane Austen.

En lisant Emma, j'ai finalement compris. J'ai mis du temps à me mettre dans Emma(mais j'y reviendrai dans mon prochain billet) mais une fois, que j'eus découvert qui serait l'homme de l'histoire, mon attention a été tournée vers ce quelque chose et j'ai réussi à me mettre dans l'histoire.
Voilà, le secret de mon goût pour Austen ce sont les happy ends, car quoiqu'il arrive, on sait qu'à la fin tout sera remis dans l'ordre, toutes les jeunes femmes à marier auront trouvé chaussures à leur pied et surtout seront satisfaites de la-dite chaussure, car personne n'est marié par dépit. Les personnages qui semblaient réfractaires Le problème est de savoir où regarder pour le happy end, c'est ce qui fait que j'ai eu du mal à me mettre dans Emma car on ne peut pas deviner dès les premiers chapitres comment va tourner l'histoire alors que dans Sense & Sensibility et Pride & Prejudice, on peut repérer assez vite quels seront les couples du happy end.
A chaque fois, il y a des obstacles terribles, des sentiments qui n'ont pas l'air partagé, des personnages engagés avec d'autres, bref toutes sortes d'élément qui donnent l'impression que le happy end est impossible mais on sait qu'il aura lieu, on peut faire confiance à Jane Austen, donc on suit l'histoire, on cherche à repérer les signes, voir ce qui pourrait permettre à la situation de se retourner. Et à la fin, le happy end a lieu, lui que l'on a tellement entendu, dont on a parfois desespéré, mais il est là et il nous apporte son petit nuage de bonheur, car finalement tout a trouvé sa place.
Je me rends compte qu'arrivé à mon troisième ouvrage de Jane Austen, je suis devenue très dépendante de ce happy end, il me le faut, je ne pense pas que je supporterai qu'un de ses ouvrages n'ait pas un de ses happy end. C'est le principe du conte de fée, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant, l'histoire s'arrête avec le mariage et ainsi on est libre d'espérer que tout continue d'aller bien... imaginer le côté déprimant d'un récit de l'après, avec Mr Darcy devenu indifférent envers Elisabeth au bout de 10 ans de mariage, le colonel Brandon veuf ou Emma ayant trahi les espoirs que l'on pouvait avoir de son amélioration... Le happy end de Austen c'est ma petite bouffée de bonheur, c'est croire pendant quelques heures que tout peut aller bien, qu'en fait la vie ça ne craint pas, que tout n'est pas médiocrité et dans cet aperçu d'un bonheur complètement irréaliste, j'oublie à quel point en fait je déteste ma propre vie, car qu'y a-t-il de réellement désirable dans ma vie ? Moi personnellement j'aurai préféré un autre paquet... bref je pense que je vais continuer à me plonger dans Jane Austen car, même si ce n'est pas toujours facile de se mettre dans l'histoire, la fin rachète tout et je ne vois pas pourquoi je devrai me refuser un peu de bonheur artificiel.
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 21:26
Une réflexion qui m'est venu lors de ma lecture d'Emma, est que, nous, lectrices de Jane Austen, nous avons toutes en nous quelque chose d'Emma quand nous lisons un des ouvrages de notre auteur. Car Emma, c'est la marieuse, elle passe son temps à essayer de déterminer qui va demander qui en mariage, à faire des pronostics sur la vie sentimentale de ceux qui l'entourent et au tout début tire sa satisfaction du fait d'avoir su prévoir avant tout le monde l'union entre sa gouvernante et Mr Weston. Fort de cette réussite, elle sombre dans l'hybris et croit avoir eu une part active dans cette union et tente d'exercer son talent au profit d'Harriet... mais voilà Emma n'est pas toujours juste et l'histoire le prouvera. Mais je trouve que cela reflète énormément la situation du lecteur d'Austen, car, -et vous n'allez pas me dire que je suis la seule à faire ça- quand on lit Austen, on se lance dans des pronosctics sur les personnages, on tente de deviner le dénouement, qui épouse qui, nous estimons les chances de tel couple, scrutons le comportement d'un autre en y décelant une passion pour un des autres personnages... Et qui n'a jamais eu la satisfaction à la fin de dire, "eh oui, je le savais depuis le début qu'ils finiraient ensemble !" Emma calcule les différences de rang, fait intervenir l'amour qui surmonte toutes les difficultés quand ça l'arrange(car Emma est très snob donc elle est très sensible à la différence de rang entre elle et les autres mais l'est tout de suite moins quand elle envisage de marier autrui) et nous, nous-mêmes, nous faisons pareil. Je trouve que cet ouvrage représente assez bien la démarche du lecteur face à l'histoire.

 Les romans sentimentaux d'Austen font un peu penser aux romans policiers, on nous peint les personnages au début, puis l'histoire nous mène à répérer les indices d'une passion cachée ou des défauts d'une nature, on a des "suspects" ou personnages que l'on va observer comme susceptible de faire avancer l'intrigue, le mystère n'est certes pas qui a assassiné le colonel moutarde dans la salle de balle avec le chandelier mais comment le colonel Brandon, ou Mr Darcy ou Mr Martin(oui, je n'ai pas encore fini Emma donc j'ai encore de l'espoir pour ce bon Mr Martin) vont-ils réussir à obtenir une réponse favorable à leur demande en mariage ou à qui la jeune femme à marier va finalement réussir à retenir et épouser ? on cherche des mobiles qui pourrait pousser tel personne à faire une demande et finalement il y a un mystère qui se déroule devant nos yeux et qui ne sera éclaircit que dans les dernières pages.
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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 05:21
J'écoutais une émission de France culture, questions d'éthique, sur le Lettré(non, je n'ai rien d'autre à faire à 4h30 du mat) et au cours de la discussion sur le personnage du Lettré - où l'on a un peu l'impression que l'on parle d'une espèce animale, genre vie et moeurs de la grivette cendrée, ce qui m'a amené à m'interroger de mon côté sur le mode de reproduction du lettré - il y a eu tout d'un coup LA révélation, qui m'a soudain fait voir la présence d'une référence chez Pratchett là où je ne l'aurai jamais soupçonnée.

En effet, je viens de découvrir que le célibat des mages, dont je parlais il y a quelque temps, n'est pas uniquement fondé sur un impératif narratif ou une habitude dans les représentations, qu'on voit par exemple dans le fait que dans le Seigneur des Anneaux, les mages sont tous masculins. Mais en fait il y a plus, le célibat des mages est en vérité fondé sur le célibat qui était imposé aux enseignants de Cambridge et d'Oxford jusqu'à la fin du 19ème : ils ne devaient pas se marier parce qu'ils devaient se conserver en entier pour le savoir qu'ils avaient la charge de transmettre. C'est ainsi qu'un professeur de Cambridge s'est retrouvé expulsé parce qu'on avait retrouvé des préservatifs dans sa chambre ! l'intervenant sur France culture explique qu'on considérait que par l'acte charnel le professeur dépensait tous ses pouvoirs intellectuels. Par ces informations, il est clair que le célibat des mages est fondé sur cette tradition, par exemple, le problème de la dépense de ses pouvoirs dans l'acte charnel est un thème récurrent dans Mort où le Mage de l'histoire finit par ne quasiment plus pratiquer la magie à cause de sa relation avec la princesse Kelly.
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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 02:53
Eh bien voilà j'ai fini ma relecture de Sourcery et je suis tombée sur un point que j'avais oublié(parfois il est difficile de se rappeler avec exactitude dans quel ouvrage se passe un événement.) : la présence des 4 cavaliers de l'apocralypse : Death, Famine, Pestilence et War, ou l'apocralypse manqué qui est un épisode que j'aime beaucoup.
Les 4 cavaliers apparaissent une première fois(si mes souvenirs sont bons) dans le huitième sortilège quand Rincevent se retrouve chez la Mort pour ramener Deuxfleurs et où la Mort essaye de comprendre les règles d'un jeu de société. On les reverra dans Thief of Time où apparaît Ronny le 5cinquième cavalier qui a quitté le groupe avant qu'ils soient célèbres et où la Mort essaie tant bien que mal de convaincre ses collègues de chevaucher, ce qui donne des scènes très sympathique et particulièrement chez War qui a épousé une Walkyrie et est devenu un peu trop pépère.
Dans sourcery c'est leur deuxième apparition, où ils sont tous les quatre en train de boire dans une taverne avant le début de l'Apocralypse, mais voilà, pendant ce temps-là, ils se font voler trois des quatre chevaux, le seul restant étant celui de la Mort, d'un autre côté, je doute qu'il eût été possible de voler Bigadin, il n'aurait sûrement pas été d'accord. Bref la Mort refuse que ses compagnons montent avec lui(imaginez les 4cavaliers de l'Apocralypse sur un seul cheval !) et du coup, War propose à Pestilence de prendre un dernier verre pour la route(Famine est à ce moment-là à la recherche des cuisines de l'auberge) et de dernier verre en dernier verre, les cavaliers finissent par oublier la raison pour laquelle ils devaient s'en aller, d'une certaine manière c'est ainsi que l'Apocralypse n'a pas eu lieu.
Mais qu'est-ce que l'Apocralypse ? ou plutôt qu'a-t-elle de plus que la nôtre ? C'est simplement que les penseurs du disque-monde sont un peu plus honnêtes et sont pourvu d'un sens de l'humour douteux, ce qui fait qu'ils ont fusionné l'apocalypse avec le terme grec "κρυπτος" qui veut dire caché, pour signifier le fait qu'en vérité on ne sait pas ce qui va se passer, c'est d'une certaine manière la fin du monde. C'est une Apocalypse apocryphe selon l'explication de Rincevent.
Mais cette Apocalypse ratée sera pour nous l'occasion d'enfin rencontrer les géants de glaces dont on entend parler de temps à autre et qui sont un peu l'équivalent mythologique des Titans puisqu'ils ont été vaincus et emprisonnés par les Dieux du Disque. Ils sont un peu présentés dans d'autres ouvrages comme les voisins bruyants avec lesquels les dieux sont en différent à cause du bruit de la tondeuse.
Mais l'apocralypse n'a une fois de plus pas lieu, mais il est assez drôle de considérer que les fameux cavaliers ne chevauchent pas pour des raisons aussi triviales.
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 15:21
small-gods-pb.jpgEn réponse à l'article de Neph que vous pouvez trouver ici :  link, voici ma propre critique des Petits Dieux, histoire d'éclairer ce grand mystère : pourquoi est-ce mon volume préféré des annales du Disque-Monde ?

Ce volume fait partie des ouvrages indépendants du Disque-monde, donc mis à part La Mort et le Bibliothécaire qui fait une brève apparition, nous sommes en présence de nouveaux personnages et nous découvrons Om et sa religion qu'on retrouvera dans certains romans ultérieurs par le biais du Constable Visite(les-Infidèles-avec-une-brochure-explicative) et d'un des personnages de Carpe Jugulum. L'autre pays qui apparaît dans l'histoire est Ephèbe, équivalent d'Athènes et de la Grèce antique qu'on a déjà rencontré dans Pyramides et Eric, mais cette fois, on découvre véritablement la ville et ses philosophes, elle n'est plus à l'état d'ébauche comme dans Pyramides.

La thématique de ce livre est la religion et plus exactement la croyance, avec le Grand Dieu Om qui se retrouve incarné dans une tortue borgne et capable de communiquer seulement avec Frangin, un novice, qui connaît à la lettre les ouvrages des précédents prophètes et y croit, citant donc périodiquement la parole des prophètes sur le dieu Om pour démontrer à la tortue soit qu'elle n'est pas Dieu, soit qu'elle vient de dire quelque chose qui va à l'encontre des préceptes du grand Dieu, donc le livre va raconter le cheminement de Frangin vers la sagesse ou la condition de Prophète en comprenant le caractère purement humain des livres saints, tandis que le Dieu Om va découvrir qu'être un Dieu ce n'est pas simplement foudroyer les infidèles, piétiner les hérétiques mais aussi se préoccuper des fidèles et d'une certaine manière il va s'humaniser(il faut préciser de Pratchett sont fondamentalement égoïstes et à l'intelligence limité, passant leur temps à jouer avec les vies humaines, thématique qui se retrouvera dans un certain nombre d'ouvrage des annales.)

C'est un roman assez profond en fait vu qu'il met en question la religion et retrace sa formation avec la lutte des petits dieux pour obtenir un fidèle et de l'autre côté l'image du dieu déchu qui est encore plus pitoyable. Mais on a aussi un questionnement sur les systèmes politiques et aussi sur la philosophie, avec l'étonnement outré de Frangin devant la joie des philosophes de pouvoir tout remettre en question. Les querelles philosophiques qui ont lieu dans l'oeuvre sont aussi très jouissive quand on a soi-même été confronté dans Platon aux interrogations sur Y-a-t-il du néant, l'univers est-il simple ou complexe qui sont des passages pénibles dans Platon et qui existent réellement dans les ouvrages antiques mais aussi dans un certain nombre d'ouvrage moderne(non, je ne dénoncerai personne, soyons charitable). Les Petits Dieux est un ouvrage qui ne s'apprécie pas à sa juste valeur lors de la première lecture mais qui s'enrichit avec les relectures, car c'est seulement ainsi qu'on parvient à saisir toutes les références, et dépasser le fait qu'il n'est pas forcément aussi drôle que les autres au premier abord, car il faut davantage de réflexions et de connaissances pour réellement saisir l'humour du livre.

J'aime beaucoup la manière dont le Tyran s'occupe de la délégation d'Omnia, car finalement la société esclavagiste s'avère plus humaine en dépit des apparences que la société Omnienne où finalement l'exquistion a ôté toutes libertés aux hommes sans aucun espoir d'un changement de condition. On a toute l'horreur de l'Inquisition qui est ici dénoncé mais aussi son effet néfaste non sur les victimes mais sur les survivants qui par peur de devenir victime se font complices des Bourreaux. Honorbrachios est une sorte d'anti-platon voir même d'anti-philosophe, car il privilégie les problèmes concrets et en même temps représente le garant d'une humanité qui se trouve menacée par la lutte pour faire triompher la vérité d'une conviction, or les hommes ne devraient pas se sacrifier pour une idée, ici exprimé par l'expression "la tortue se meut".

La scène où on voit Honorbrachios pour la première fois, faisant en fait la vente de proverbe "We Can Do Your Thinking For You" est une scène que j'aime beaucoup, car quand je lis les ouvrages de Diogènes Laërce ou des récits d'époque,  j'ai un peu cette vision de la société antique, DIogène qui erre par les rues, nimbé de cette aura de philosophe qui fait qu'on pense à lui de façon positive alors qu'en fait il n'était pas forcément plus différent de certains clochards que l'on voit aujourd'hui ou Socrate qui va faire de la philosophie en tout lieu, finalement cette vision des philosophes qui mèneraient leur petit train de vie dans leur monde à eux sans avoir à se soucié de la société, c'est un peu l'image que j'ai, même si je sais que c'est une imge fausse.

Voici quelques citations qui me sont chères dans ce livre soit parce qu'elles sont la remise en question de la sainteté de la parole prophétique, ou parle de philosophie ou encore d'autres remarques drôles ou percutantes :

"And the Prophet Abbys ? I suppose someone just happened to give him the Codicils, did they ?"
"It wasn't me -"
"They're written on slabs of lead ten feet tall!"
"Oh, well, it must have been me, yes ? I always have a ton of lead slabs around in case I meet someone in the desert, yes ?"

"What's a philosopher?" said Brutha.
"Someone who's bright enough to find a job with no heavy lifting," said a voice in his head.

It looked like other birds looked after an oil slick. Nothing atescalbies, except other scalbies. Scalbies ate things that made a vulture sick. Scalbies would eat vulture sick

"You can't believe in Great A'Tuin," he said. "Great A'tuin exists. There's no point in believing in things that exist."


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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 23:37
Comme vous l'aurez remarqué, les commentaires sur mon blog ont une tendance à parfois partir en live, du coup j'ai décidé de créer un coin spécial pour les messages qui n'ont rien à voir avec un de mes articles mais que vous auriez envie de me laisser.
N'hésitez pas à poster ici vos remarques(surtout si elles concernent les jugements plus ou arbitraires ou enthousiastes que j'ai pu émettre dans Le mot de l'auteur).
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 01:55
Eh bien, je viens de regarder la version Ang Lee de Sense & Sensibility ,non, Neph, il se trouve que tu as eu tord dans tes pronostics, je ne suis pas tombée sous le charme d'Alan Rickman. Il faut dire aussi que je ne me suis jamais remise de la découverte concernant sa vraie couleur de cheveux, j'adore ses cheveux noirs dans Harry Potter. Sinon, il a un sourire magnifique lors de la dernière scène et lorsqu'il erre dans le manoir avec son gilet ouvert et l'air égard, suppliant Elinore de lui trouver une occupation, il est très bien, mais ce n'est pas le colonel Brandon dont je suis amoureuse, le mien est joué par David Morrissey. Rickman est trop joyeux au début, il est trop ouvert, alors que Morrissey reste sur ses gardes, une distance, il arrive si bien à transmettre sa douleur face à la conduite de Marianne mais tout en restant distant. Morrissey a un quelque chose qui fait comprendre pourquoi Marianne finalement tombe sous le charme, bien que j'aime énormément la scène du début où Rickman parle avec Sir John de Marianne et énonce le fait qu'il sait qu'il n'a aucune chance. Ce sont deux interprétations différentes mais comme Mr Darcy est Colin Firth, Timothy Dalton Edward Rochester, David Morrissey sera mon colonel Brandon.

Par contre, celui qui est grandiose dans le film, c'est Hugh Laurie, il fait si bien Mr Palmer, l'affectation de hauteur d'un côté et de l'autre cette prévenance qu'il manifeste à Cleveland. Il est merveilleux mais Hugh Laurie est un acteur épatant, c'est d'ailleurs pour voir sa performance que j'ai surtout acheté ce DVD, car je l'ai connu dans le rôle de l'imbécile dans la vipère noire, dans celui du gentil Bethram Wooster d'une intelligence médiocre, le brillant mais associal Dr House, mais aussi son rôle dans Maybe Baby, mais je ne l'avais pas encore vu dans un rôle dénué de comique et ici il est parfait. Le Mr Palmer de la version Davies n'est pas du tout comme ça, il fait un peu abruti, sa conduite n'a pas cette supériorité affecté qu'est sensé avoir le personnage, on a l'impression que son comportement est issu d'une vulgarité imbécile et on ne le voit pas dans son autre aspect, quand il se montre plus humain à Cleveland et j'adore la scène où Elinor va frapper à sa porte pour lui demander de faire venir le médecin, ah Hugh Laurie en chemise.

L'autre personnage qui m'a énormément plut dans cette version c'est Edouard mais je n'en attendais pas moins de Hugh Grant, son jeu dans quatre mariage et un enterrement me laissait présager sa capacité à rendre la timidité d'Edward, dans la version Davies, l'acteur ne rend pas vraiment cette timidité on peut mettre ses hésitations sur les circonstances plutôt que sur un trait de sa nature. J'aime énormément la maladresse de HughGrant.

Concernant Willoughby, je rejoins l'avis de Neph, je ne l'ai pas aimé, par contre Dominic Cooper fait un très bon Willoughby, déjà la scène où il vient à la rescousse de Marianne est plus romantique et  il a quelque chose mais en même temps il a le côté beaucoup plus nettement séducteur, on a plus la sensation qu'il est capable d'agir en libertin et qu'il a pu agir ainsi envers Marianne et il est plus jeune.

Pour le reste du casting, ma préférence va dans l'ensemble à celui de la version 2008, bien qu'il faudrait que je la revoie pour pouvoir vraiment faire justice à la version d'Ang Lee vu que ma lecture du livre me permettrait de mieux repérer certains détails. Je n'aime pas la Mrs Jennings d'Ang Lee, je la trouve trop vulgaire, sans compter qu'il a fallut que je remette du fait qu'elle jouait dans le premier épisode de Barnaby et je préfèrai aussi le sir John  de Davies. John et Fanny Dashwood n'étaient pas à mon goût, ni Charlotte ni Lucie que je ne trouve même pas belle bien qu'au moins dans cette version la fausseté du personnage est assez nette. J'ai déploré l'absence de Harry Dashwood, de Lady Middleton qui apparaît brièvement dans la version Davies mais au moins cette apparition renvoie assez bien à l'absence de caractère du personnage, de Nancy Steeles et de Mrs Ferrars.  Mrs Dashwood est bien rendue, on voit bien le côté excessif de sa nature même si je trouve l'actrice un peu trop vieille, j'ai dû mal à croire qu'elle n'a que 40ans, je pense aussi qu'Emma Thompson était trop vieille pour le rôle.

En soi le film aurait eu mon adhésion s'il durait 3h car j'ai énormément aimé le fait que l'on retrouve énormément de dialogues du livre mais ça ne rachète pas le fait que Lucy Steeles part avec les Miss Dashwood à Londres ou le fait qu'on n'a plus cette impression qu'il pourrait y avoir quelque chose entre le colonel Barton et Elinor, alors que j'aimais beaucoup dans le livre le fait que tout le monde veut caser Elinor avec le colonel et que tout le monde se trompe sur le véritable objet de l'affection du colonel. L'apologie de Willoughby est remplacé par une remarque faite par le colonel, ce qui n'est pas aussi bien, par contre dans les deux versions on dit tout de suite que le colonel a connu des malheurs et leur nature, or j'aurai aimé que le mystère soit maintenu jusqu'au moment où le colonel le révèle lui-même donnant un côté plus mystérieux à son air ténébreux.  Ensuite, il n'y a pas de cabane dans un arbre dans le livre donc je ne vois pas pourquoi il devrait y en avoir dans le film, sans compter que je ne suis pas sûr qu'il soit convenable pour une jeune fille bien né de jouer dans une telle cabane. On a aussi perdu l'épisode du cheval de Marianne, qui était, je trouve très important, par contre on a gagné la scène où Edward lie le poème qui lui vaut les foudre de Marianne et j'adore ce moment, c'est assez drôle. La demande en mariage ne m'a pas plus, déjà parce qu'elle ne quitte pas la pièce et elle pleure trop bruyemment du coup ça m'a fait rire parce que de l'autre côté, il y a ce pauvre Edouard qui essaie de trouver le courage d'aligner 4 mots d'affilé et de se faire entendre malgré le bruit, il faut éviter de trop ramener au corps dans ce genre de scène. Elinor n'a pas eu mon affection, Emma Thompson joue bien comme Alan Rickman mais je ne me représente pas comme ça le personnage, je la trouve trop larmoyante. Je n'ai pas aimé non plus, la rencontre avec Willoughby à Londres, elle est plus proche dans la version Davies avec son désir de ne pas les ignorer et en plus dans la Davies, on a le duel entre Willoughby et le colonel même si le moment où cette scène se produit m'a donné l'impression que Brandon se battait pour pousser Willoughby à rendre ses lettres à Marianne et ainsi sauver sa réputation.
Les décors et costumes étaient par contre magnifiques.
J'ai peut-être l'air très négative mais j'ai tout de même aimé ce film contrairement au dernier qui a été fait de Pride & Prejudice et que j'aurai souhaité ne pas revoir, mais au nom du challenge, je risque de faire l'effort de le revoir.
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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 20:54
Eh bien, je résiste à la tentation que symbolise le dvd de Sense & Sensibility d'Ang Lee qui m'est arrivée par la poste aujourd'hui, pour faire déjà mon récit de mes impressions sur la lecture de l'ouvrage ainsi que de l'adaptation de 2008. Il se trouve que j'ai vu l'adaptation en premier et c'est ce qui m'a d'ailleurs convaincu de lire le livre. Il y a quelques mois, regrettant de ne pas trouver d'autres livres aussi bon qu'Orgueil et Préjugés, j'avais envisagé d'essayer Raison et sentiments mais le résumé de l'histoire m'avait découragé, ça semblait trop caricatural, d'un côté la soeur raisonnable et de l'autre la soeur sentimentale. J'avais peur que l'histoire se révèle trop simpliste ou schématique et d'éprouver la déception que j'avais eu en tentant de lire les ouvrages de Charlotte Brontë dont j'avais aimé Jane Eyre. Puis il y a quelques semaines, Arte a eu la bonne idée de passer l'adaptation de 2008 faite par Andrew Davies, j'étais alors en train de réviser pour le capes donc je me suis contentée de l'enregistrer, sans forcément compter la regarder un jour mais comme de son côté Neph s'était lancée dans le challenge Jane Austen, à lire ses résumés, j'ai eu envie de me replonger dans l'ambiance Austénienne et donc j'ai regardé ce film sans m'attendre forcément à être captivée et contre toute attente, je le fus. Le personnage d'Elinor était particulièrement à mon goût et le colonel Brandon, joué par David Morrissey s'est vite retrouvé sur un piédestal en compagnie de Mr Darcy, peut-être même avant Mr Darcy dans mon estime, car lui n'a point le défaut d'être orgueilleux.
 
En tous cas il m'est difficile de séparer le film du livre, puisque je me suis plongée dès le lendemain dans l'ouvrage afin de pouvoir voir par moi-même quelle était réellement l'histoire et si l'on voyait davantage le colonel Brandon, du coup j'ai lu le livre dans une perspective comparative mais qui ne m'a en rien ôté mon plaisir. Je vais donc vous faire à présent un petit récit comparatif de cette expérience.

Dans la version 2008, je trouve que l'on ne sent pas assez que Mrs Dashwood a à peu près le même caractère que Marianne, de même, on ne sent pas réellement la timidité d'Edward, ni souvent le comportement odieux de Marianne en société qui refuse continuellement de se prêter au jeu social. Mr Palmer apparaît peu et le caractère de Lucy est beaucoup moins apparent. Willoughby est très bien joué par Dominic Cooper qui joue Sky dans Mamma Mia, Sir John est joué par le même acteur que celui qui joue Mr Wesley dans Harry Potter mais ma préférence ira à la performance de David Morrissey(peut-être reviendrais-je sur ce jugement dans quelques heures quand j'aurai vu Alan Rickman dans le rôle) dans le rôle du Colonel Brandon qui vu le caractère taciturne du personnage n'aest pas forcément évident à jouer. Les décors sont plutôt bon et j'aime aussi beaucoup les costumes et les personnages m'ont plu, même si en fait je trouve qu'il y a un écart avec le livre mais qui est dû à la manière dont l'histoire est racontée, car tout est très descriptif avec des descriptions de comportement ou d'états d'âme mais qui sont des choses difficiles à rendre à l'écran ou qui impliquent des modifications de l'histoire pour permettre au spectateur de comprendre ce qui était explicité par le narrateur dans le texte.
Le petit Harry Dashwood est splendide dans l'adaptation, il est rondouillet, rien de vraiment mignon et sa présence lorsque John et Fanny discutent au début de la somme à donner pour remplir la promesse faite par John donne du piquant à la scène. J'aime beaucoup la lâcheté de John Dashwood, son côté mouton.
Dans les différences on a aussi le fait que Marianne annonce son attachement pour le colonel Brandon avant la demande en mariage d'Edward(j'aime d'ailleurs beaucoup les moments où on voit Brandon s'adonner à la fauconnerie où on voit l'attachement de Marianne se former) et le personnage de Margaret est plus présent, avec une personnalité propre qu'elle n'a pas vraiment dans le livre.

Dans la série des scènes qui n'ont pas lieu dans le livre, il y en a ,comme c'est aussi le cas dans Pride & Prejudice version BBC, qui sont tellement agréables que l'on en regretterait presque leur absence dans le livre, je fais référence ici à trois scènes : quand Marianne tombe malade, la première rencontre entre Elinor et Edward et la demande en mariage d'Edward. Des trois, la troisième n'est pas extra car la crise de nerf d'Elinor est assez mal rendue, on a un peu impression, quand elle sort de la pièce après avoir été informée du mariage de Lucy avec Robert Ferrars, qu'elle est sur le point d'être malade, du coup on ressent surtout une sensation de gêne d'autant que les scénaristes ont choisi de placer la demande en mariage à ce moment-là. Cependant je regrette un peu que dans le livre nous n'assistions pas à la demande en mariage en direct.
La première scène, par contre, restera mon moment préféré du film : dans l'adaptation, comme il est difficile de rendre à l'écran le fait que Marianne tombe malade pour être sortie plusieurs soirs dans l'herbe humide et ne pas s'être souciée de sa santé, la chose est condensée en une soirée, où Marianne sort et erre à travers l'orage, ce qui la rend encore plus excessive que dans le livre mais en plus, quand j'ai vu l'adaptation, je n'ai pas compris pourquoi elle errait dans l'herbe, vu que je n'avais pas retenu le fait que Cleveland était à côté de Comde Magna, mais ce détail n'enlève rien à la scène, car ce n'est pas du côté de Marianne que c'est intéressant mais du côté du colonel Brandon. En effet, Marianne ne rentre pas et ne tombe pas malade ensuite comme dans le livre, ce qui se passe c'est que soudain le colonel Brandon demande à Elinor où se trouve Marianne et c'est le moment où la maisonnée se rend compte qu'elle n'est pas rentrée, alors aussitôt le colonel Brandon saute sur un cheval et part à sa recherche en dépit des éléments déchaînés et la découvre évanouie. C'est magnifique comme scène, de quoi ravir une romantique dans l'âme et ensuite, il la porte faisant écho à la scène où apparaît Willoughby, préparant ainsi le changement de sentiment de Marianne, qui découvre ainsi que Brandon est en fait le vrai romantique. Il la porte ensuite jusque dans la chambre, et il y a ce moment maladroit où emporté par son inquiétude et l'urgence de l'état de Marianne il commence à délacer son corsage en prodiguant les consignes à suivre issue de son expérience à l'armée et s'arrête et sort confus se rendant compte de l'impropriété de sa conduite. Je trouve ça si mignon. J'aime ce sauvetage.

Quant à la scène de la première rencontre, j'ai aussi un peu regretté son absence dans le livre, car c'est une scène amusante, où après que Fanny ait essayé de faire passer son frère pour une sorte de Mr Darcy du point du point de vue du caractère exigeant, Edward arrive par surprise, décontracté, proposant à Elinor de l'aider à battre un tapis et sympathisant aussitôt avec elle.

Ce que j'ai aimé dans le livre, c'est le style de Jane Austen, j'aime beaucoup la manière dont est présenté Edward, peut-être simplement parce que le film a fait que son arrivée dans l'histoire était un moment attendu  pour mon désir de comparaison. Le personnage de Marianne n'est pas un personnage avec lequel j'ai des affinités, vu qu'elle est terrible égoïste avec son refus de dissimuler ce qu'elle ressent et son besoin d'en faire étalage, j'avais l'impression que le pauvre colonel ne méritait pas cela mais la fin rachète tout car elle mûrit et devient un personnage intéressant. Et dans le live, ce rapprochement qui est plutôt une forme assagie d'amour, avec cette union d'avoir tout deux souffert d'une première passion malheureuse est très appréciable et marque cette évolution en remettant en question l'amour romantique pour une forme finalement plus forte car plus constante d'amour, le film, lui, par contre donne plutôt l'impression que Marianne projette son idéal romantique sur le colonel Brandon après la maière dont il l'a sauvée.

Du point de vue des structures narratives, j'ai repéré quelques éléments communs entre Sense & Sensibility et Pride & Prejudice, déjà le colonel Brandon et Mr Darcy sont tous deux des personnages renfermés, ayant chacun une personne plus jeune sous leur garde, personne victime(ou sur le point de l'être) du libertin de l'histoire, qui est aussi présent dans les deux histoires. Dans les deux cas, l'intervention du héros va résoudre les problèmes de la famille, Darcy sauve les Bennet de la ruine sociale et Brandon donne une cure à Edward bien que ce parallèle ne puisse être réellement tiré que du film vu que le film ne rend pas le côté non-souhaité de l'offre de Brandon qui finalement devrait facilité le mariage entre Edward et Lucy. Mrs Ferrars ressemble beaucoup à la tante de Darcy dont j'ai oublié le nom et qui cherche désespéremment à lui faire épouser sa fille. Mais tous ces éléments sont arrangés de telles façon qu'on a pas l'impression d'avoir affaire à deux histoires similaires ou en manque d'inspiration, Sense & Sensibility a un caractère propre, qui est très agréable et qui donne envie de le relire inlassablement.
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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 20:13
Dans la lignée de la récupération d'ancien billet, voici un récit du 22 février 2008, écrit à mon retour du spectacle de Fabrice Lucchini Le point sur Robet :
  • mise en contexte

Mercredi dernier, je suis allé voir Luchini en spectacle. Cela s'appelait le point sur Robert, et annonçait une lecture de Roland Barthes, comment y résister ?


20h j'arrive au Théâtre Renaissance, architecture et des affiches de Luchini en grand à l'extérieur. Je rentre, miracle, ce soir-là pas de problème avec ma réservation théâtre online. Je passe le contrôle des billets, on me dit 4ème étage pair. Je monte. J'arrive à ce qui me semblait être le premier étage mais qui devait être plutôt le deuxième, l'air mal assurée me demandant si je m'étais trompée d'escalier à la vue de ce groupe de jeunes femmes portant un t-shirt du théâtre. Eh non, ce sont les charmantes personnes chargées de guider chaque spectateur à sa place. C'est merveilleux. Je monte donc à ce qui est à mes yeux le troisième étage. Je découvre le théâtre.


C'est donc un ancien théâtre qui garde ses airs de dix-neuvièmes siècles malgré les modifications apportées pour transformer les balcons en espace pouvant recevoir des rangées de spectateur. Le plafond est une petite coupole peinte de motif allégorique. Il y a 3 étages de balcon sans compter bien-sûr le dernier où se trouve les lumières. Je suis au second. Ce que j'appelle balcon, c'est une sorte de grande galerie en U qui encadre le par-terre et où se trouvent sur les côtés trois rangs et davantage dans la partie face à la scène. Je suis sur les côtés et découvre ainsi pourquoi le théâtre est au dix-neuvième siècle est plus le lieu où l'on est vu que le lieux où l'on voit. J'ai une très bonne vue sur les spectateurs. Pour voir la scène il faut s'accouder sur la balustrade voire au commencement pour Valéry se pencher. Il n'y a personne derrière nous, vu qu'à ces places-là, il est impossible de voir. Un couple arrive assez rapidement à côté de moi, la femme, ma voisine, est chaleureuse. La salle se remplit.


Puis, 20h30, un peu passée, alors que les lumières ne sont pas encore entièrement éteinte. Luchini paraît sur scène, les bras chargés d'une colonne de livre et les pose sur la table qui est avec le fauteuil rouge et les deux chaises, le seul décor. Il est vêtu très simplement, un peu comme si il nous recevait chez lui et cette arrivée avec une fournée de livre que l'on ne lira pas forcément ou dont on ne va tirer que des maigres extraits, éveille en moi de doux souvenirs.


Il prononce quelques paroles avec sa première lecture. Nous remerciant d'être là et annonçant que l'on accueillerait les retardaires de façon fraternelles, il créait une ambiance chaleureuse, a-t-il C'est Welcome, dès ce moment ? Je ne le sais, je n'y faisait pas encore attention.

  • Valéry

Luchini s'installe dans le fauteuil rouge au coin de la scène, un ouvrage aux pages jaunies et qui tombe en morceau. Il s'agit de Tel quel de Valéry. Il commence à lire de sa voix mesurée et basse :

"Une exposition de peinture. Un tableau et deux hommes devant lui.  L'un, à demi penché sur la barre, parle, explique, éclate. L'autre est muet. On devine à sa courtoisie qu'il est absent."

Il lit ainsi en sachant mettre du relief et donner de la vie aux mots sans que l'on ait l'impression de l'artifice de la déclamation théâtrale et oratoire. Cette dernière phrase, il la répéte, plus fort, de sa diction qui fait si bien attention à séparer les syllabes. Il nous le met en relief pour que l'on suive bien les éléments du texte. Il ne lit pas vraiment, il connait le texte, le papier n'est là que comme support et pour se donner une contenance et avoir ce côté informel de la lecture. Je suis dès les premiers mots transportées de joie, tout ceci a vite l'obscurité d'un jeudi matin et il y a Barthes en perspective. Je suis pendue à ses lèvres, je me penche comme les autres, pour le voir, ne pas perdre un de ses mouvement. Sa lecture sans interruption se poursuit de la manière que j'ai décrit avec des mises de relief qui n'interrompent nullement le rythme.

"Il tend l'oreille et refuse l'esprit. Il est au Bois, à la Bourse, ou chez une dame ; mais il est impossible d'être plus loin avec plus de formes et de présence sensible.

Une manière d'artiste, à deux pas derrière eux me regarde ; son oeil m'adresse tout le mépris de ces explications sonores qui s'entendent d'assez loin.

Et moi, comme je suis au premier plan de cette petite scène, que je vois à la fois le tableau, les amis, le peintre dans leur dos ; que j'entends le parleur ; que je lis le regard du témoin qui le juge, - je crois que je contiens les uns et les autres, je m'attribue une conscience d'ordre supérieur, une juridiction suprême ; je bénis et condamne tout le monde : Misereor super turbam..."

Ces mots, à présent que je les redécouvre sur le pied ont une résonnance particulière, ils me semblent réentendre cette voix, j'essaye d'en ressaisir les accents mais en vain. Pourtant, parfois au détour d'une ponctuation, mon souvenir me rend le son juste. Dès que je veux y mettre un mot, je me heurte à l'impossibilité, le terme juste n'existe pas, surtout pour rendre cette spécificité de la parole. Je voudrai rendre les accents, les rythmes mais ne le puis. Je lutte déjà pour retrouver l'intégralité du souvenir et remettre les pièces en ordre. Je doute. En tous cas, j'iradie de joie de me trouver dans ce théâtre et de me fondre dans ce flot de mot. La lecture, même, est perturbante, l'impression étrange que ce n'est plus le texte, mais c'est bien lui en fait avec quelques répétitions et cette vitalité qui lui est conférée.

  • Le pont de Londres

Comment avons-nous atteint ce pont de Londres, je ne m'en souviens pas, je pense que ce fut une de ces liaisons mystérieuses dans le doux flux de la lecture où l'on se laisse bercer, cherchant périodiquement à ressaisir le fil par le sentiment qu'il y a un sens qui nous attend comme ces jeudi matin où bercé on se retrouve tout d'un coup face à la question incapable d'y répondre et de retrouver ce qui a empli nos oreilles alors que nous n'en avons pas perdu une syllabe.

Dans les aléas, de l'accoustique ce pont de Londres devint pour moi le pont de l'onde, j'étais dans l'obscurité.

"Je passais, il y a quelque temps, sur le Pont de Londres, et m'arrêtai pour regarder ce que j'aime : le spectacle d'une eau riche et lourde et complexe, parée de nappes de nacre, troublée de nuages de fange, confusément chargée d'une quantité de navires dont les blanches vapeurs, les bras mouvants, les actes bizarres qui balancent dans l'espace balles et caisses, animent les formes et font vivre la vue.

Je fus arrêté par les yeux ; je m'accoudai, contraint comme par un vice. La volupté de voir me tenait, de toute la force d'une soif, fixé à la lumière délicieusement composée dont je ne pouvais épuiser les richesses. Mais je sentais derrière moi trotter et s'écouler sans fin tout un peuple invisible d'aveugles éternellement entraînés à l'objet immédiat de leur vie.

Il me semblait que cette foule ne fût point d'êtres singuliers, ayant chacun son histoire, son dieu unique, ses trésors et ses tares, un monologue et un destin ; mais j'en faisais, sans le savoir, à l'ombre de mon corps, à l'abri de mes yeux, un flux de grains tous identiques, identiquement aspirés par je ne sais quel vide, et dont j'entendais le courant sourd et précipité passer monotonement le pont. Je n'ai jamais tant ressenti la solitude, et mêlée d'orgueil et d'angoisse ; une perception étrange et obscure du danger de rêver entre la foule et l'eau.

Je me trouvais coupable du crime de poésie sur le Pont de Londres."

Cette fin du texte de Valéry me faisait penser à Céline. Je ne puis vraiment rendre cette lecture, cela donne ici l'impression d'une sorte de bloc, or ce n'était pas le cas. Luchini arrivait à un donner un rythme à tout cela que je ne puis rendre car je ne sais cartographier les silences. Est-ce à ce moment-là ou un peu après qu'il y eut 'interruption. En bon pédagogue, Luchini avait su alterner les lectures compliquées à des pauses qui permettaient à l'esprit du spectateur de se reposer.


Voici donc l'arrivée des retardataires. Les lumières se rallument légèrement, Luchini se demande si il va y en avoir comme c'est la tradition à ce moment-là, c'est finalement le cas. Nous les applaudissons. Luchini reprend son expression du début concernant l'accueil fait aux retardaires et là il  a dû y avoir c'est Welcome. Il annonce qu'il ne laissera personne en chemin et qu'il va tout recommencer et ainsi refaire tout le pont de Londres mais non, ce n'était qu'une plaisanterie pour effrayer les roberts du premier rang. Le pont de Londres devient le synonyme d'une complexité effrayante, une forme de martyr pour Robert.


Je laisse de côté la fin de la lecture de Valéry pour expliquer Robert. Luchini interrompt sa lecture, commente je crois les toux qu'on entend parfois dans la salle. Il dit alors à peu près : "C'est à ce moment-là du spectacle que je laisse partir ceux qui le veulent. Ils ont encore un quart d'heure pour partir, on ne leur en voudra pas, on les rembourse même. C'est Welcome. Avant j'étais irrité mais plus maintenant, c'est welcome. Ce spectacle n'est pas fait pour les hétérosexuels abonnés à l'équipe. C'est un spectacle pour femme, homo et hétéro à problèmes. Vous pouvez partir, c'est Welcome, car ça va être comme ça toute la soirée, bien que l'on ait fait le plus dur...." On avait donc là le moment de compassion pour les pauvres époux et petits amis qui avaient été traînés à ce spectacle, ne comprenaient pas ce qui se passait. C'était vraiment hilarant, surtout en pensant à Barthes, quand on a testé à 8h du matin le degré zéro de l'écriture, on a ainsi un plaisir un peu pervers en pensant à ceux qui ne savent absolument ce qui va leur tomber sur le coin du nez.

 

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 19:59
Ces nouveaux batmans sont aussi bons que ceux qui furent réalisés par Tim Burton, bien qu'il soit difficile de les comparer vu que chacun donne sa propre illustration de la noirceur de Gotham. Chez Burton, c'est l'aspect des Comics, des personnages monstrueux par nature ou accident mais d'une monstruosité un brin surnaturelle, il y a une légèreté qui est proche des comics des années 60. Il y a un aspect esthétique chez Burton mais dans cette nouvelle série, il y a une profondeur, Bruce Wayne évolue, on est loin en fait du film initiatique qui montre juste la création du personnage, on a davantage les troubles qui hantent Bruce Wayne, les problèmes d'identité et de limites que lui posent sa double-identité, ce n'est pas juste la problèmatique traditionnelle où le héros est déchiré par sa double-identité mais le prix à payer pour réellement être le justicier masqué.

 

Dans Batman Begins, on découvre comment un Golden Boy devient un superhéros avec le voyage en Asie qui lui apprend les techniques de combat puis la constitution de l'arsenal de batman. C'est en soi une quête de sens, avoir les moyens d'avoir un impact sur la société et trouver comment les appliquer. Dans the dark knight, on est cette fois face à des personnages plus traditionnels : le Joker et Harvey Dent mais ils sont très différents de l'interprétation qu'en avait donné Burton. La lutte n'est plus entre le bien et le mal mais entre l'ordre et le chaos avec l'introduction du Joker personnage sans limites qui devient le contre-poids négatif de Batman car il est une force irrésistible. Harvey Dent est le chevalier blanc, celui qui est destiné à redonner espoir à Gotham, son héros, le personnage publique qui n'a pas besoin d'agir dans l'ombre ni d'être un hors-la-loi. Le problème va être pour Bruce de devenir the dark knight, tout le film va mener au fait de devenir l'équivalent négatif, le héros de l'ombre, celui qui sera haï de tous.


Au début du film, on s'aperçoit que Batman a inspiré Gotham mais pas tout à fait en bien, puisque la ville pullule d'imitateur qui tente d'être le justicier masqué. L'élément qui vient changer la donne est l'arrivée d'un nouveau procureur, Harvey Dent, qui sort avec Rachelle, l'ex de Wayne, qui est très populaire et qui va être un maillon important dans le plan de Batman et Gordon pour se débarasser des chefs de la pègre mais Batman est allé trop loin, il a poussé trop loin les chefs de la pègre avec sa traque acharnée. Dès le début le problème des limites à l'action de batman est posé par Alfred : jusqu'où Batman est-il prêt à aller pour lutter contre les criminels ? C'est le problème du pouvoir qui place Bruce au-dessus des lois : mourir en héros ou être corrompu par le trop long contact ? Bruce est déjà corrompu au sens où il ne peut être le chevalier blanc et ça le rend très proche de V, lorsqu'il refuse d'appuyer sur le bouton du métro plein d'explosif parce que ce n'est plus son temps et qu'il pervertirait la révolution par un tel acte. Il n'y a pas de redemption, il ne peut y avoir de happy end. Le film a une noirceur qui est rare dans un film américain, surtout d'action où tout est noir et blanc. Ici le héros ne peut choisir le bien comme dans Spiderman qui est infesté par les bons sentiments mais simplement un certain degré de noirceur. A un moment, Bruce est prêt à révéler l'identité de Batman et ainsi à tout laisser tomber avec l'espoir que le monde sans Batman puisse commencer mais cela échoue et il ne peut cesser d'être Batman ce qui va le mener , quand Dent aura mal tourné, à endosser ses crimes, parce que la ville a besoin de cet espoir donc il fait le plus grand sacrifice,qui soit, en acceptant de ne pas être reconnu comme un héros, de se faire haïr pour faire ainsi son vrai devoir de justicier. Le personnage devient vraiment intéressant parce qu'il n'est pas confronté aux problèmes traditionnels des super-héros.


Un dernier point qui change est le fait que le Joker et double-face ont une monstruosité uniquement humaine. La monstruosité du Joker tient au fait que quelqu'un lui a coupé les deux joues pour qu'il ait un sourire constant comme l'Homme qui rit de Hugo mais on ignore qui lui a fait ça puiqu'il change d'histoire au fur et à mesure et Dent devient double-face parce qu'une partie de son visage est très gravement brûlée et refuse les greffes de peaux. Le Joker devient donc un monstre encore plus terrifiant qu'Hannibal Lecter puisqu'il n'a pas de limite dans sa cruauté.

Comme dans le précédant Batman, il est impossible de prévoir ce qui va se passer tout au long du film, ce qui est vraiment agréable dans un film d'action. Ce batman vaut vraiment la peine d'être vu  et la violence qui occupe une part très importante n'est pas gratuite mais correspond à la descente de Batman dans les ténèbres puisqu'il ne pourrait pas y avoir de problème autour des limites de Batman s'il n'y avait une situation extraordinaire, c'est un peu le même concept que pour une tragédie. Je me demande réellement ce qui va se passer dans le prochain, puisqu'il paraît qu'il s'agit d'une trilogie, donc y aura-t-il un espoir de rachat dans le prochain. ? Batman finira-t-il par être le héros de Gotham ou sera-t-il toujours un paria ?

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Citations : Terry Pratchett

Interesting time, p.43
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Interesting Time p.19
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Le Huitième Sortilège p.87
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La huitième Couleur p.91
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Apes had it worked out. No ape would philosophize, "The mountains is, and is not." They would think, 'The banana is. I will eat the banana. There is no banana. I want another banana."
Unseen Academicals p.76
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'I would like permission to fetch a note from my mother, sir.'
Ridcully sighed. 'Rincewind, you once informed me, to my everlasting puzzlement, that you never knew your mother because she ran away before you were born. Distincly remember writing it down in my diary. Would you like another try ?'
'Permission to go and find my mother ?'
Unseen Academicals,  p.187
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'The knees should be covered. It is a well-known fact that a glimpse of the male knee can drive women into a frenzy of libidinousness.'
Unseen Academiacls, p.130
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"Lord Vetinari's rules : if it takes an Igor to bring you back, you were dead. Briefly dead, it's true, which is why the murderer will be briefly hanged. A quarter of a second usually does it."
Unseen Academicals, p. 98
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"I'm a wizard ! We can see things that are really there, you know,"said Ridcully. " And in the case of the Bursar, things that aren't there too."
Hogfather, p 98

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Malakos is here too !!!

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Bienvenue au sein de la vallée des grenouilles séchées,  blog d'une prof de lettres classiques fan de Star Trek et de Terry Pratchett.
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Sur ce, je vous souhaite une bonne navigation mais méfiez-vous d'une chose, j'ai une tendance à m'adresser plus à ceux qui ont lu ou vu ce dont je parle, donc quand ce n'est pas votre cas, évitez de continuer votre lecture quand vous atteignez le paragraphe commençant par "dans le détail" ou voici la partie spoiler mais dans la plupart des cas, les spoilers sont en surlignés.

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De mon côté, je vais faire le challenge Valar !

 

Jusqu'ici j'ai peu avancé.

J'ai lu :

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Le Silmarillion

The Fellowship of the Ring

The Two Towers

 

L'adieu au Roi, chansons pour J.R.R. Tolkien

Beowulf

 

 

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