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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 00:11
Boucher.precieuses.ridicules.Cars.jpgAujourd'hui nous allons une nouvelle fois parler théâtre avec Les précieuses ridicules de Molière.

Les précieuses ridicules est une pièce en un acte et dix-sept scènes où deux gentilhommes qui considèrent ne pas avoir été traité avec les égards qui conviennent par deux provinciales fraîchement débarquée à Paris à qui ils venaient parler mariage, décident de se venger, en envoyant leurs valets déguisés en noble leur faire la cour, afin de leur ouvrir les yeux, car l'un des valets  est un véritable précieux et va être exactement ce que les deux jeunes femmes attendent d'un homme, se fondant plus sur l'extérieur que sur l'intérieur pour juger de la valeur d'un individu.

Les deux précieuses me font terriblement penser à Marianne Dashwood, quand elles expliquent pourquoi elles ont mal accueilli les deux gentilhommes venus leur faire la cour :

Magdelon. - Mon, père, voilà ma cousine qui vous dira, aussi bien que moi, que le mariage ne doit jamais arriver qu'après les autres aventures. Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments, pousser le doux, le tendre et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes. Premièrement, il doit voir au temple, ou à la promenade, ou dans quelque cérémonie publique, la personne dont il devient amoureux ; ou bien être conduit fatalement chez elle par un parent ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache un temps sa passion à l'objet aimé, et cependant lui rend plusieurs visites, où l'on ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante qui exerce les esprits de l'assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui se doit faire ordinairement dans une allée de quelque jardin, tandis que la compagnie s'est un peu éloignée ; cette déclaration est suivie d'un prompt courroux, qui paraît à notre rougeur et qui, pour un temps bannit l'amant de notre présence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aventures : les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie, les persécutions des pères, les jalousies conçues sur de fausses apparences, les plaintes, les désespoir, les enlèvements, et ce qui s'ensuit. Voilà comme les choses se traitent dans les belles manières, et ce sont les règles dont, en bonne galanterie, on ne saurait se dispenser.


En fait les précieuses sont la même lignée que Fabrice del Dongo ou Catherine Morland, c'est-à-dire qu'elles ne font pas vraiment la différence entre le roman et la réalité, et croient que toutes les histoires d'amour sont romanesques, sauf que pour elles, le retour à la réalité va être très amère, car la pièce ne finit pas sur un happy end, comme on aurait pu le croire où après avoir détrompé les deux jeunes femmes, les deux gentilhommes acceptent de les épouser. Là, il n'en est rien, la pièce finit sur le ridicule des deux précieuses, sans que l'on sache si cet épisode leur a ouvert les yeux ou si cet incident vient de ruiner toutes leurs perspectives de mariage.

Ce que semble dénoncer ici Molière, c'est certains excès dans la conduite des précieuses, d'abord dans leur langage, où les fauteuils sont appelés "les commodités de la conversation", et dans la conduite, car les deux jeunes femmes jugent les hommes selon qu'ils respectent ou non un certain code vestimentaire, et dans la manière qu'ils ont de présenter leurs passions, mais à aucun moment elles ne se soucient des qualités et des vertus de l'homme qui les courtisent, ce qui les amène au début de la pièce à dédaigner deux partis tout à fait acceptable simplement pour une question d'apparence, ce qui explique aussi pourquoi à la fin il n'y a pas de mariages, car leur comportement est contraire à l'amour.

C'est une pièce qui ne va pas me marquer, je l'ai lu principalement à cause d'une discussion sur Molière et les femmes qui s'est développé dans les commentaires de mon article sur le médecin malgré lui.

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Published by The Bursar - dans Life is a stage
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commentaires

Kusa 20/02/2010 16:23


c'est encore moi.... je suis tombée sur cet article, dont certains passages font échos à ce débat (et apportent ausi un autre éclairage)
Slate


The Bursar 20/02/2010 17:33


C'est gentil, je répondrais en détail demain vu que je suis en plein Read-à-thon et en retard dans le nombre de pages lus, donc je réponds essentiellement aux messages liés au RAT pour l'instant.


Kusa 20/02/2010 10:45


Alors, pour les programmes en France, voici le site de base: Eduscol (entre nous, il était mieux
avant...)

Ah, sinon, je ne connaissais pas non plus la distinction (il m'intéresse aussi, ce manuel)
En fait, le mouvement mondain/précieux si on suit bien, ne fait que prolonger, continuer celui de l'Amour Courtois.... Si on ressitue dans le contexte de l'époque, il faut y voir aussi une réaction
à la fin des Guerres de Religion. Ce mouvement nait sous Henri IV (qui était loin d'être "mondain") et Louis XIII, au momnet où la France commence à connaitre une paix civile relative... Cela doit
aussi correspondre à une montée de l'importance de la bourgeoisie (les villes sont calmes, en particulier Paris, donc le commerce reprends, donc enrichissiment, donc salons littéraires...
non?).

C'est assez symbolique, parce que si vous regardez bien, les femmes qui réclament une visibilité en tant que femme sont plus à recheché dans la bourgeoisie que dans la noblesse. Les hautes dames de
la cour avaient déjà un rôle important en tantque personne (même si officiellement leur rôle, c'était produire des héritiers, en réalité, elles allaient beaucoup plus loin) Elles avaient un rôle de
représentation, elles géraient les affaires de leur famille, de leur fils et filles, elles pouvaient posséder leur bien en nom propre. Et elles avaient souvent une sexualité assez... libre (même
avant le mariage... quand je lis les mémoires de l'époque, du 16ème au 18ème siècle, c'est assez savoureux...).
Dans la bourgeoisie par contre, la femme est encore soumise, beaucoup plus, à la représentation patriarcale (encore qu'il faudrait que je vérifie, mais il me semble que même là, une femme avait
plus de droit qu'au 19ème siècle). Or ces salons et ces mouvements, qui placent la femme au centre se développent plutôt dans une haute et moyenne bourgeoisie. Si on reprends Molière, d'ailleurs,
ce qu'il moqu, c'est sans doute plus les imitateurs/trices du mouvement, qui finalement, n'en prennent que les ridicules, que le mouvement en lui même.
Sans compter que pour analyser une oeuvre del'époque, il faut aussi prendre en compte les obligations "morales" imposée à l'auteur, si il veut continuer à être jouer et gagner sa vie... pas de
personange noble moqué, pas de critique du Roi, etc...

(En parlant de mouvement précieux, Roxanne, dans Cyrano, est une précieuse... et c'est assez important, dans l'histoire xD)


The Bursar 21/02/2010 14:21


Pour ce qui est des mondains, c'est à peu près ça, car dans la phrase qui suit celle que j'ai cité sur la résurgence de la courtoisie est celle-ci :
"Le groupe des mondains réunit des privilégiés de la fortune et de l'esprit, il se développe en marge du pouvoir et tient à garder ses distances avec lui car la religion de la littérature ne
souffre aucune concurrence et exige la liberté de jugement. Les milieux mondains prennent parti dans les grands procès d'opinion, contre les poursuites pour sorcellerie, conre la condamnation des
Provinciales. Ils ne complotent pas contre le pouvoir mais accueillir les frondeurs repentis. Honoré d'URFé et La Rochefoucauld, à cinquante ans de distance, offrent le même type de grand
seigneur, déçu de la guerre et de l'ambition, reconverti dans l'analyse sentimentale et psychologique. L'autre type est celui de la femme d'esprit, telles Mme de Rambouillet et sa fille Julie, qui
progressivement cède la place à la femme écrivain, à partir de Mlle de Scudéry."

C'est vrai que dans Molière le problème est souvent au niveau des bourgeois, les précieuses ridicules sont, je crois, de riches bourgeoises car je ne crois pas qu'il soit question de leurs titres.
Ou dans d'autres pièces, ce sont des jeunes filles nobles mais qui ne sont pas actuellement sous l'autorité parentale normale comme dans l'Avare.


Cachou 20/02/2010 09:11


Hey, ça m'intéresse bien cet extrait! Tu pourrais me donner les références de ton livre?

Pour ce qui est dit du mondain, ça ressemble un peu à ce qui se passe dans les romans d'aventures à clé, non? (je dis ça, je n'en ai jamais lu aucun, donc je ne suis absolument pas sûre de ce que
j'avance)

(très pratique comme discussion en tout cas!)


The Bursar 21/02/2010 14:07


C'est Histoire de la Littérature française de Daniel Couty, édité par Larousse. Les romans à clefs sont précieux. En tout cas le livre n'en parle que pendant deux -trois pages.


Cachou 19/02/2010 23:16


Mais est-ce que le féminisme, ce n'est pas revendiquer des droits en tant qu'être humain, et non pas en tant que femme?

Je ne pense pas avoir lu des poètes précieux... Qui a-t-il dans le tas? Je n'ai pas lu non plus Mme de Scudéry, j'ai entendu dire qu'elle était barbante...


The Bursar 19/02/2010 23:47


Moi, je dirais que c'est en tant que femme, mais c'est compliqué, parce que dans ce cas, c'est la femme qui revendique des droits en tant qu'être humain, mais elle les revendique à cause de sa
condition féminine, donc je ne crois pas pouvoir dissocier les deux.

Poésie, apparamment le représentant c'est Voiture. Une oeuvre qui s'appelle La Guirlande de Julie

Sinon pour relancer le débat vu que j'ai été obligée de sortir mon manuel d'histoire littéraire. Dans le mien ce n'est pas le terme de préciosité qui est employé mais celui de mondains.

"Evidente résurgence de la courtoisie, la littérature mondaine cultive l'utopie sentimentale à travers la poursuite d'un éden dont la femme est la déesse-maîtresse et l'homme l'esclave, fidèle et
soumis, le pouvoir étant celui de l'Amour. C'est très exactement la réplique inversée du monde réel, où l'homme est roi, la femme dépendante et où le pouvoir appartient à la force."

"Il faut noter que le mot "préciosité" n'est jamais employé, au XVIIème siècle, pour désigner un mouvement, un style ou une doctrine littéraires, mais exclusivement un travers féminin. (...)Si on
remplace "précieuse" par "féministe", on peut avoir une idée des irritations et des réactions allergiques provoquées par un terme qui embarasse, suscite la caricature, est récusé par celles qu'il
désigne assez pertinemment, revendiqué par d'autres qui n'en ont aucun trait."


Kusa 19/02/2010 18:33


Ouhlà... alors, je vais participer au débat, mais pas forcément dans l'ordre:

En France, on fait aussi des séquences, des situations problèmes (il y a encore une certaine liberté pédagogique... au moins en primaire). Mais je pense qu'il y a des modes comme partout, dans le
secondaire (je me souviens avoir vu quand même le mouvement Précieux au collège, perso... y'a longtemps).

Après, du point de vue historique, pour rebondir sur ce qu'a dit The Bursar, effectivement on ne parle d'un mouvement qu'à partir du moment où il est théorisé, effectif. On peut parler de prémices
(et pour le féminisme, on pourrait alors remonter jusqu'au Moyen-âge, voir l'Antiquité) mais pas de mouvement. DFans le sens aussi ou un mouvement se développe en fonction de l'époque où il se
situe. Or, même sii l'Eglise a eu du mal à reconnaitre une âme aux femmes, il se trouve qu'à certains niveaux, une femme du Moyen-âge avait plus de droits qu'une de ses consoeurs du 19ème siècle (à
classe sociale égale, dirions nous). Les Précieuses vont revendiquer un droit à l'amour (et on est encore dans l'invention de l'amour, qui comme concept, je le rapelle remonte au 12ème siècle et à
l'amour courtois). Ce droit, elles ne le réclame pas en tant que femme uniquement, mais en tant qu'être humain. C'est assez marrant, mais on oublie souvent tous les poètes qui gravitaient autour de
ces salons (p'têt parce qu'ils étaient pas si bons que ça...). Le mouvement précieux est un mouvement mineure, plutôt parisiens, qui joue d'abord sur la langue.

Si on reprend l'exemple du racisme, pour que le racisme existe, il faut déjà que le concept de "race" chez l'humain soit remis en cause. Or cela n'a été fait que très récemment. (et encore
difficilement). Cela ne remet pas en cause la lutte des esclaves pour leur liberté, mais effectivement, un esclave qui lute sur un négrier, avant tout, il lutte pour sa survie, cela ne fait en rien
de lui un anti-raciste (il peut tout a fait ensuite tuer un autre type sous prétexte qu'il n'appartient pas à sa tribu... ou un blanc parce qu'il est blanc).

Si tu veux vraiment situer un mouvement féministe en France, je pense que oui, la Révolution Française est un bon début, parce qu'il y a une prise de conscience, chez certaines,que l'évolution qui
se fait les laisse un peu sur le bord du chemin (voir leur supprime des libertés....)



The Bursar 19/02/2010 18:55


Merci, tu me sauves, je commençais à arriver au bout de mes connaissances.

J'ai pas fait la préciosité au collège, je garde un souvenir très confus de l'enseignement de l'époque.

Je suis sur le fait que ces poèmes n'étaient pas si bon que ça, de même qu'on ne lit pas Mme de Scudéry.


Citations : Terry Pratchett

Interesting time, p.43
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Interesting Time p.19
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Le Huitième Sortilège p.87
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La huitième Couleur p.91
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Apes had it worked out. No ape would philosophize, "The mountains is, and is not." They would think, 'The banana is. I will eat the banana. There is no banana. I want another banana."
Unseen Academicals p.76
*****
'I would like permission to fetch a note from my mother, sir.'
Ridcully sighed. 'Rincewind, you once informed me, to my everlasting puzzlement, that you never knew your mother because she ran away before you were born. Distincly remember writing it down in my diary. Would you like another try ?'
'Permission to go and find my mother ?'
Unseen Academicals,  p.187
*****
'The knees should be covered. It is a well-known fact that a glimpse of the male knee can drive women into a frenzy of libidinousness.'
Unseen Academiacls, p.130
*****
"Lord Vetinari's rules : if it takes an Igor to bring you back, you were dead. Briefly dead, it's true, which is why the murderer will be briefly hanged. A quarter of a second usually does it."
Unseen Academicals, p. 98
*****
"I'm a wizard ! We can see things that are really there, you know,"said Ridcully. " And in the case of the Bursar, things that aren't there too."
Hogfather, p 98

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